Faux coup d’État en France: une vidéo générée par IA devient virale et fait 14 millions de vues
Le Coup d’État qui n’a Jamais Eu Lieu
Février 2025. Emmanuel Macron se tient devant les lecteurs de La Provence à Marseille, visiblement irrité. « On m’envoie depuis l’étranger un message Facebook. Un de mes collègues africains me dit : ‘Cher Président, qu’est-ce qui se passe chez vous ? Je suis très inquiet.' » La raison de cette inquiétude ? Une vidéo générée par intelligence artificielle annonçant un coup d’État en France, la chute imminente de Macron, un mystérieux colonel au pouvoir.
Quatorze millions de vues. Quatorze millions de fois où cette fiction a été regardée, partagée, commentée. Et pour beaucoup, crue.
« Nous, ça nous fait marrer, » sourit Macron avec un mélange d’amusement et d’inquiétude. Mais devrait-on vraiment en rire ? Car derrière cette anecdote se cache une vérité bien plus troublante que n’importe quel deepfake : nous avons collectivement renoncé à exercer notre jugement critique.
Le Paradoxe de l’Ère de l’Information
Voici le paradoxe cruel de notre époque : jamais l’humanité n’a eu accès à autant d’informations vérifiées, et pourtant, jamais nous n’avons été aussi vulnérables à la désinformation. Les chiffres donnent le vertige. Selon les dernières études, les vidéos générées par IA représentent aujourd’hui une part croissante du contenu vidéo sur les principales plateformes de médias sociaux. Sur TikTok particulièrement, les contenus IA prolifèrent à une vitesse alarmante.
Mais le véritable scandale n’est pas technologique. Il est humain.
L’auteur de la vidéo du faux coup d’État ? Un adolescent du Burkina Faso gérant un compte Facebook sobrement intitulé « Formation en création de vidéos ». Avec des outils gratuits d’OpenAI, disponibles pour tous, il a créé une fiction si crédible qu’elle a trompé des millions de personnes. Lorsque le journaliste Raphaël Grabli l’a contacté, le jeune créateur a présenté des excuses sobres : « Cette vidéo était fictive, mal formulée et ne reflète pas la réalité. Je reconnais que c’était une erreur de ma part. »
Une erreur ? Ou le symptôme d’une société qui a décidé que la vérité était optionnelle ?
La Première Poule a Toujours Raison
Le Pouvoir de la Primauté
Il existe un adage dans le monde de la désinformation : la première poule qui pond l’œuf a raison. Autrement dit, la première version d’une histoire, même fausse, bénéficie d’un avantage psychologique immense. Des recherches récentes montrent un décalage substantiel entre ce que les gens croient et ce qu’ils partagent sur les réseaux sociaux, largement motivé par l’inattention plutôt que par le partage intentionnel de désinformation.
Une fois qu’une information virale s’est ancrée dans l’esprit collectif, même un démenti officiel peine à l’en déloger. C’est ce que les psychologues appellent « l’effet de persistance de la croyance » : nous continuons à croire à une information même après avoir appris qu’elle était fausse.
L’Algorithme : Complice Involontaire
Les algorithmes amplifient ce phénomène de manière exponentielle. « Si je réagis, si je la regarde trois secondes plutôt que deux, l’algorithme comprend que ça marche, » explique Raphaël Grabli. C’est ce qu’on appelle « l’effet wahou ». Les contenus qui choquent, qui interpellent, qui provoquent l’émotion sont automatiquement propulsés vers des millions d’écrans supplémentaires.
Et voilà le piège : nous alimentons nous-mêmes la machine à mensonges. Chaque clic indigné, chaque partage outré, chaque commentaire scandalisé ne fait que renforcer la viralité du contenu. Peu importe qu’il soit vrai ou faux.
L’Inattention Criminelle : Pourquoi Nous Ne Réfléchissons Plus
Le Cerveau à l’Ère Numérique
Mais pourquoi tombons-nous si facilement dans le panneau ? La réponse est à la fois simple et dérangeante : notre cerveau n’a pas évolué pour gérer le déluge informationnel auquel nous sommes confrontés quotidiennement. Nous recevons en une journée plus d’informations qu’un homme du Moyen Âge n’en recevait durant toute sa vie.
Face à cette avalanche, notre esprit a développé une stratégie de survie : le raccourci mental. Plutôt que d’analyser chaque information, nous nous fions à des heuristiques, des règles simples et rapides. « Si beaucoup de gens y croient, ça doit être vrai. » « Si ça correspond à mes convictions, ça doit être juste. » « Si l’image est réaliste, ça doit être réel. »
La Tyrannie de l’Instantané
La vitesse des réseaux sociaux aggrave le problème. Comme le souligne Thibault de Montbrial dans le débat : « L’instantanéité et la viralité des réseaux sociaux » créent un cocktail explosif. Une vidéo peut faire le tour du monde en quelques heures, parfois en quelques minutes. Et dans cet environnement, celui qui prend le temps de vérifier est déjà en retard.
C’est la course à l’attention. Sur TikTok, vous avez trois secondes pour capter l’utilisateur. Sur Twitter, votre tweet sera noyé dans le flux en quelques minutes. Cette pression temporelle nous pousse à réagir avant de réfléchir, à partager avant de vérifier.
Le Grand Mensonge : Plus C’est Gros, Plus Ça Passe
L’Exemple de la Crise Agricole
La vidéo du coup d’État n’est que la partie émergée de l’iceberg. « Des vidéos comme ça, on en a sur tous les sujets, » rappelle Raphaël Grabli. Il mentionne notamment des vidéos générées par IA montrant des agriculteurs en pleurs, évoquant des cas graves « qui sont des fake news, des accidents, des agressions. »
Une de ces vidéos a atteint 1,2 million de vues sur TikTok. Elle montre un agriculteur désemparé : « Comme ils nous traitent, ils nous prennent tout, on n’a plus rien, on est foutus. C’est nous qui nourrissons les Français, c’est nous. Et regardez ce qu’on subit. »
Les lèvres sont légèrement désynchronisées, certes. Mais combien de personnes prennent le temps de le remarquer ? Combien vérifient avant de s’indigner, de commenter, de partager ?
Pourquoi les Mensonges Énormes Fonctionnent
Hitler l’avait théorisé dans Mein Kampf : plus un mensonge est gros, plus les gens ont tendance à y croire. Pourquoi ? Parce que nous partons du principe que personne n’oserait inventer quelque chose d’aussi énorme. « Un coup d’État en France ? Si c’était faux, personne n’oserait le dire. »
Cette logique perverse explique pourquoi les théories du complot les plus farfelues trouvent un écho. Plus c’est invraisemblable, plus ça doit être vrai, car « ils » ne voudraient jamais que nous le sachions.
L’Extérieur Comme Bouc Émissaire
La Fuite de Responsabilité
Voici peut-être le diagnostic le plus inquiétant : nous avons collectivement décidé de rendre l’extérieur responsable de notre propre passivité intellectuelle. « C’est la faute de l’IA. » « C’est la faute des réseaux sociaux. » « C’est la faute des algorithmes. » « C’est la faute de Meta. »
Lors du débat télévisé, Fabrice Eppelboin évoque l’instrumentalisation politique du phénomène, mentionnant des lignes directes entre ministères et Meta pour faire supprimer des contenus. Il soulève un point crucial sur la modération et le contrôle de l’information.
Mais cette discussion, aussi importante soit-elle, esquive la question fondamentale : pourquoi avons-nous besoin qu’on nous protège de nous-mêmes ?
L’Infantilisation Numérique
Raphaël Grabli le rappelle : la vidéo du faux coup d’État n’a pas été supprimée par Meta. « Elle ne contrevenait pas » aux règles de la plateforme. Et il a raison. Car comment définir objectivement ce qu’est une « fausse information » ? Où placer la ligne entre satire, fiction, et désinformation ?
Attendre que les plateformes ou les gouvernements résolvent le problème, c’est abdiquer notre responsabilité individuelle. C’est reconnaître que nous sommes devenus incapables de penser par nous-mêmes.
Le Véritable Danger : La Société du Doute Absolu
Quand Plus Rien n’est Vrai
« On va rentrer dans une sorte de société du doute absolu, » prédit Thibault de Montbrial. « Est-ce que c’est vraiment vous qui êtes là ? Est-ce qu’à la télé, ce n’est pas de l’IA qui est en train de me parler ? »
C’est le paradoxe ultime de la désinformation : elle ne nous pousse pas seulement à croire des mensonges, elle nous fait douter des vérités. Quand tout peut être faux, rien n’est plus vrai. Et dans ce chaos épistémologique, chacun choisit sa propre réalité.
Comme le souligne un des intervenants : « On doute aussi des vraies images. » C’est peut-être le dommage le plus grave. Lorsqu’une véritable atrocité sera filmée, combien de personnes diront « c’est de l’IA » pour se rassurer ?
Le Scénario Cauchemar
Thibault de Montbrial dessine un scénario glaçant : imaginez une crise agricole, des tensions sociales montantes, et soudain une vidéo montrant des policiers tirant sur des manifestants. Fausse, bien sûr. Mais virale. En quelques minutes, avant même qu’un démenti puisse être publié, la violence éclate dans les rues.
« Avant même qu’on puisse démentir, » insiste-t-il. « Ou trois heures ? » Car trois heures, dans notre monde hyperconnecté, c’est une éternité. Le mal serait déjà fait.
Ce n’est plus de la science-fiction. Les outils existent. La crédulité est là. Il ne manque plus que l’étincelle.
L’Appel à la Responsabilité Individuelle
Reprendre le Contrôle
Thibault de Montbrial lance un appel crucial : « Chacun, qu’est-ce que soit ce qu’il fait dans la vie, quel que soit le sujet qui l’intéresse, doit s’obliger à être critique et avoir un tout petit peu de recul désormais devant chaque image ou chaque vidéo qui circule sur les réseaux sociaux. »
Ce n’est pas une option. C’est une nécessité de survie démocratique. Et contrairement à ce que nous aimerions croire, ce n’est pas uniquement « le travail des journalistes ». Chaque citoyen doit devenir son propre fact-checker.
Les Réflexes à Développer
Voici les questions que nous devrions systématiquement nous poser avant de croire ou partager une information :
1. Source et contexte : D’où vient cette vidéo ? Qui l’a publiée en premier ? Quel est son historique ?
2. Vraisemblance : Cette information est-elle cohérente avec ce que je sais déjà ? Un coup d’État en France sans aucune couverture médiatique traditionnelle, est-ce plausible ?
3. Émotion vs raison : Cette vidéo joue-t-elle sur mes émotions ? Suis-je en train de réagir viscéralement plutôt que rationnellement ?
4. Vérification croisée : D’autres sources fiables rapportent-elles la même chose ? Ai-je cherché des démentis ?
5. L’enjeu : Si je partage cette information et qu’elle est fausse, quelles conséquences cela peut-il avoir ?
La Discipline de l’Attention
Comme le dit Thibault de Montbrial : « C’est une discipline à laquelle il faut s’astreindre avec d’autant plus de rigueur qu’on est émotionnellement touché. »
Et c’est là toute la difficulté. Les contenus qui nous émeuvent sont précisément ceux pour lesquels nous baissons notre garde. La vidéo de l’agriculteur en larmes, l’annonce d’un coup d’État, l’image d’une injustice : tous ces contenus court-circuitent notre rationalité.
Développer un esprit critique ne signifie pas devenir cynique ou paranoïaque. Cela signifie simplement accorder à notre cerveau les quelques secondes nécessaires pour passer du mode « réaction » au mode « réflexion ».
L’IA n’est pas le Problème
Un Outil, Pas un Coupable
Répétons-le : l’intelligence artificielle n’est pas le problème. C’est un outil, comme le montage vidéo, comme Photoshop avant lui, comme la presse à imprimer en son temps. Chaque révolution technologique a permis de nouvelles formes de manipulation. Et chaque fois, nous avons dû adapter nos défenses.
L’adolescent burkinabé qui a créé la vidéo du faux coup d’État utilisait des « outils qui sont extrêmement grand public, les outils d’OpenAI, des outils gratuits, » rappelle Raphaël Grabli. Ces outils ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont.
Le vrai problème, c’est notre refus d’évoluer au même rythme que la technologie. Notre paresse intellectuelle. Notre préférence pour le confort de la certitude immédiate plutôt que l’inconfort du doute méthodique.
La Formation Comme Solution
Fabrice Eppelboin évoque la comparaison avec le train des Frères Lumière : « Lors des premières projections, les téléspectateurs étaient affolés, se levaient de leur siège et partaient en courant. » Mais nous avons appris. Nous savons maintenant qu’une image de cinéma n’est pas la réalité.
De même, nous devons collectivement développer une « littératie numérique ». Comprendre comment fonctionnent les algorithmes. Reconnaître les signes d’une vidéo générée par IA (pour l’instant : désynchronisation des lèvres, mouvements peu naturels, incohérences visuelles). Savoir où chercher une information fiable.
Cette éducation devrait commencer dès l’école primaire. Chaque enfant devrait apprendre, au même titre que la lecture et l’écriture, à décoder le flux informationnel qui constituera son environnement quotidien.
Conclusion : Le Choix qui Nous Reste
Nous sommes à un tournant. D’un côté, un futur où la vérité devient optionnelle, où chacun vit dans sa bulle de réalité alternative, où la manipulation de masse devient triviale. De l’autre, une société qui a appris à naviguer dans un océan d’informations avec discernement et rigueur.
Le choix ne se fera pas par des lois ou des algorithmes de modération. Il se fera par des millions de décisions individuelles, chaque jour, à chaque vidéo virale.
L’image n’est plus le témoignage de la réalité. Cette phrase, répétée dans le débat, devrait être gravée dans nos esprits. Non comme une fatalité, mais comme un rappel constant : nous ne pouvons plus nous permettre de croire naïvement.
La technologie a changé. Notre responsabilité a changé. Il est temps que notre comportement change aussi.
Car au final, le véritable deepfake, ce n’est pas la vidéo du coup d’État imaginaire. C’est l’illusion que nous entretenons collectivement : celle que nous pouvons continuer à consommer l’information sans effort, sans réflexion, sans conséquences.
Cette illusion-là, nous devons la détruire. Notre avenir démocratique en dépend.
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